Tout le monde pensait que ce coin des Vosges était oublié jusqu’à ce que les randonneurs l’adoptent

Quatre randonneurs consultent une carte en forêt dense

Pendant des décennies, le secteur de Gérardmer et ses environs immédiats concentraient toute l’attention des visiteurs des Vosges. Les cars de tourisme, les hôtels au bord du lac, les boutiques de souvenirs : tout gravitait autour de ce pôle bien connu. À quelques kilomètres de là, un territoire de crêtes, de chaumes et de hêtraies anciennes dormait, ignoré des itinéraires officiels, presque rayé des cartes touristiques. Puis, vers 2018-2019, quelque chose a changé.

J’ai découvert ce coin par hasard, au détour d’un post Instagram publié par une randonneuse de Strasbourg. Elle avait photographié une ligne de crête noyée dans la brume matinale, avec des chaumes rousses à perte de vue. Pas de foule, pas de panneau d’interprétation, pas de food-truck. Juste le vent et les épicéas. J’ai réservé mon gîte à Gérardmer le soir même.

Pourquoi ce territoire vosgien était resté dans l’ombre

La réponse tient à quelques facteurs simples. L’absence de balisage officiel sur certains tronçons avait longtemps découragé les promeneurs du dimanche. Les chemins forestiers, gérés par l’ONF (Office National des Forêts), n’étaient pas tous intégrés aux topoguides du Club Vosgien, cette association fondée en 1872 qui entretient pourtant plus de 17 000 kilomètres de sentiers dans le massif.

Résultat : les familles partaient vers la Route des Crêtes, les sportifs filaient vers le Hohneck. Ce secteur, lui, restait l’apanage des chasseurs locaux et de quelques naturalistes discrets.

Voici les trois raisons principales qui expliquaient cet oubli :

  1. Un accès routier peu mis en valeur, sans signalétique touristique depuis Gérardmer.
  2. L’absence de point d’intérêt « iconique » facilement photographiable et partageable sur les réseaux.
  3. Une communication touristique locale entièrement centrée sur le lac de Gérardmer.

La redécouverte par les randonneurs : un tournant concret

Tout a basculé quand des communautés de trekking en ligne ont commencé à partager des traces GPX « off the beaten path » dans ce secteur. Le nombre de randonneurs sur ces sentiers a progressé d’environ 40 % entre 2020 et 2023, selon les comptages réalisés par l’Office de Tourisme des Vosges du Sud. Les hébergements de Gérardmer, eux, ont vu arriver une nouvelle clientèle : des marcheurs équipés de bâtons télescopiques, de guêtres, loin du profil balnéaire habituel.

J’ai parlé avec Martine, gérante d’un gîte à la sortie de Gérardmer depuis 22 ans. « Avant, mes clients venaient pour le lac. Aujourd’hui, certains ne descendent même pas en ville : ils partent à l’aube et rentrent à la nuit. » Ce glissement de pratique dit tout sur la mutation de cette destination.

Caractéristique Avant 2018 Depuis 2022
Fréquentation sentiers Faible, locale Forte, nationale
Profil des visiteurs Familles, séjours lac Randonneurs, trail runners
Durée moyenne du séjour 2 nuits 3 à 4 nuits

Les chaumes d’altitude, les tourbières préservées et les vues dégagées sur la plaine alsacienne constituent le vrai capital de ce territoire. Quand la lumière rasante du soir teinte les herbes hautes d’une couleur ambrée, difficile de rester indifférent. C’est précisément ce type de paysage brut, sans aménagement superflu, que recherche aujourd’hui le voyageur lassé des destinations sur-formatées.

Pour préparer votre propre exploration depuis Gérardmer, privilégiez les départs en semaine dès le mois de septembre : la fréquentation chute de moitié par rapport aux week-ends de juillet, les couleurs automnales commencent à s’installer, et les conditions de marche redeviennent idéales. Téléchargez les traces GPX communautaires sur des plateformes comme Wikiloc avant de partir, certains tronçons restent peu signalés sur le terrain.

Tout le monde pensait que ce coin des Vosges était oublié jusqu'à ce que les randonneurs l'adoptent