Histoire de la mode : les années 1970, entre pattes d’éph et imprimés extravagants

Photo vintage d'un pantalon patte d'éléphant à motif chevrons, seventies

Avant le disco et les paillettes de la fin de décennie, la mode des seventies commence par une rupture douce : celle avec l’insouciance des années 1960, remplacée par une décennie de liberté, de fluidité et de revendications. Guerre du Vietnam, crises pétrolières, montée des mouvements pacifistes et féministes : le contexte est plus grave, et la mode absorbe ce basculement en libérant le corps de ses contraintes plutôt qu’en le structurant. Retour sur une décennie qui a durablement changé la façon de s’habiller — et dont on porte encore, sans le savoir, des dizaines d’héritages directs.

Photo vintage d'un pantalon patte d'éléphant à motif chevrons, seventies

Le pantalon pattes d’éléphant, pièce maîtresse de la garde-robe seventies. Photo : Urbán Tamás / Fortepan, CC BY-SA 3.0.

Les années 1970 en cinq mots-clés

Avant de plonger dans le détail des pièces, cinq mots suffisent à résumer l’esprit de la décennie :
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Pièces iconiques

Pantalon patte d’éléphant, jupes longues et bohèmes, sous-pulls, capelines, bottes et cuissardes composent la garde-robe type de la décennie.
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Couleurs

Teintes pop (orange, violet, rouge) et couleurs terre vive comme le marron orangé ou la moutarde dominent les collections.
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Motifs

Imprimés orientaux et indiens, floraux, psychédéliques, rayures et tie & dye se mélangent sans complexe.
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Matières

Mousseline et soie fluides, jean brut, fourrure synthétique et suédine se partagent la garde-robe selon la saison.
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Icônes

Jane Birkin, Janis Joplin, Cher, Farrah Fawcett ou Catherine Deneuve incarnent, chacune à sa façon, l’allure seventies.

La fin des sixties euphoriques

Les années 1970 marquent la fin de l’insouciance des années 1960. Le contexte est lourd : guerre du Vietnam (1955-1975), Bloody Sunday en Irlande du Nord en 1972, crises pétrolières de 1973 puis 1979 qui plongent l’Occident dans la récession. Une jeune génération s’engage pour la paix et la justice sociale, portée par des musiciens comme John Lennon, Bob Dylan, Janis Joplin ou Bob Marley.
Le mouvement hippie revendique un corps libéré de toutes contraintes — tout ce qui permet l’expression corporelle devient tendance.
Défilé de mode noir et blanc, fin des années 1960
Défilé de la charnière 1960-1970, entre rigueur et nouvelles silhouettes. Photo : Schiffer Pál / Fortepan, CC BY-SA 3.0.

Liberté et fluidité

Après l’expérimentation des sixties et ses matières structurées, les seventies aspirent à la légèreté. Le mouvement baba cool prend forme au tout début de la décennie et la mode épouse cette philosophie avec des vêtements amples qui laissent le corps respirer. Le corps féminin redevient surtout la propriété des femmes elles-mêmes : le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) tient son premier meeting à l’université de Vincennes en 1970, et cette bascule se lit directement dans les silhouettes. Contrairement aux sixties et à leur mini-jupe reine, les seventies réintroduisent la jupe midi et la jupe maxi bohème, qui touche le sol.

Le pantalon pattes d’éph

Apparu dès les années 1960, le pantalon féminin triomphe véritablement dans les seventies sous sa forme patte d’éléphant : taille haute, cuisses ajustées, évasement très large à partir du genou. Le jean, alors en plein essor, en devient la matière de prédilection — on le peint, on le brode, on le découpe, on le ceinture, chaque pièce devenant unique. Au-dessus, la blouse fluide cède parfois la place au sous-pull moulant porté seul, sans rien par-dessus : un vêtement autrefois ouvrier qui devient, porté ainsi, le signe d’une classe moyenne en quête d’une allure androgyne et pointue.
Femme en jean pattes d'éléphant sur une plage, seventies
Le denim pattes d’éléphant s’impose dans toutes les situations, y compris à la plage. Photo : Mike Powell, CC BY-SA 2.0.

Couleurs et imprimés extravagants

L’époque favorise les couleurs pop et criardes autant que les imprimés décomplexés : psychédéliques, ethniques, floraux surdimensionnés. La palette mélange sans retenue orange, violet, vert pomme, kaki, rouge, rose, marron et rouille, jusqu’à des combinaisons de fleurs, carreaux et rayures qui créent volontairement un bric-à-brac coloré, parfois agressif pour l’œil mais toujours assumé.

Suédine et fourrure

Avec les saisons froides, les femmes adoptent la suédine, ce cuir travaillé à l’envers, plus souple que le cuir classique et décliné en teintes rouille et fauve. Cols et bordures en peau retournée de mouton ou en fourrure synthétique complètent la panoplie, apportant selon les pièces un charme bohème ou une allure plus chic — jusqu’à décliner l’imprimé léopard sur des matières accessibles à toutes les bourses.
Porter de la fourrure ou de la suédine en 1975, c’était afficher une évidence de style, pas un choix polémique.

Accessoires bohèmes

L’accessoirisation épouse la même philosophie de fluidité que le reste de la garde-robe. Les foulards s’attachent au cou ou dans les cheveux, les ceintures ethniques perdent toute fonction utilitaire pour devenir déclaration de style, ornées de coquillages, plumes ou pompons et tombant bas sur les hanches. Les cheveux se portent longs et négligés, parfois tressés ou couronnés d’un diadème floral, sous une capeline devenue incontournable.

Hautes, les plateformes !

La chaussure à plateforme, de préférence en liège, devient le must-have universel de la décennie : plus c’est haut, plus c’est à la mode. Sabots et sandales compensées en été, bottes hautes voire cuissardes en hiver dessinent une silhouette élancée et filiforme, portée sans distinction par les hommes et par les femmes. Elle disparaîtra presque totalement avec l’arrivée des années 1980, avant un retour remarqué des décennies plus tard.
Bottine à plateforme en cuir noir et argent, 1974-1975
Bottine à plateforme, fabriquée en Suède vers 1974-1975. Photo : Nordiska Museet, CC BY 3.0.

Punk & disco

Bien que l’esprit bohème domine l’essentiel de la décennie, la fin des seventies voit émerger deux réponses radicalement opposées. Le mouvement punk, porté par Vivienne Westwood, les Sex Pistols et David Bowie, impose jeans déchirés, imprimés écossais et t-shirts contestataires. À l’inverse, le disco explose avec ses paillettes et ses tissus lamés, culminant en 1977 avec le succès du film « La Fièvre du samedi soir ». Les couleurs fluorescentes de cette toute fin de décennie annoncent déjà l’esthétique des années 1980.
Le disco voulait qu’on brille. Le punk voulait qu’on dérange. Les seventies ont fini par accueillir les deux.
Deux couples dansant en tenues disco colorées, années 1970
Sur la piste, les tenues rivalisent de couleurs et de mouvement. Photo : Eugen Nosko, CC BY-SA 3.0 DE.

La mode, en héritage

Cinquante ans plus tard, difficile de ne pas reconnaître les seventies dans les collections actuelles : le retour régulier des pattes d’éléphant, la vogue durable du style bohème, la réhabilitation des imprimés extravagants ou des plateformes doivent tous quelque chose à cette décennie charnière. Plus qu’une simple mode, les seventies ont posé une idée qui n’a jamais vraiment disparu : celle d’un vestiaire libéré des règles, où l’excès et l’artisanat comptent plus que la convention.