La première fois que j’ai garé ma voiture aux abords de Moustiers-Sainte-Marie, j’ai failli repartir. Une rue étroite, quelques maisons en pierre beige, des poteries derrière des vitrines. Rien d’extraordinaire, en apparence. Puis j’ai levé les yeux.
Perché à 631 mètres d’altitude dans les Alpes-de-Haute-Provence, ce village des Gorges du Verdon se révèle par couches successives, comme un secret que l’on arrache doucement. Ce n’est pas un de ces endroits qui vous agresse de beauté dès l’entrée. Non, ici, il faut mériter le panorama.
Un village provençal qui cache bien son jeu
Les ruelles de Moustiers serpentent entre des façades ocre et des fontaines qui murmurent. Les géraniums débordent des fenêtres. Des ateliers de faïence, activité pour laquelle le village est classé parmi les villes et métiers d’art depuis 1977, diffusent une odeur de terre cuite. On croit visiter un bourg pittoresque comme il en existe des dizaines en Provence.
Mais ce qui distingue vraiment Moustiers, c’est la faille. Littéralement. Le village se construit entre deux falaises calcaires, séparées par une gorge verticale d’où dégringole un torrent. La chapelle Notre-Dame-de-Beauvoir trône au sommet, accrochée à la roche comme si elle refusait de tomber. Pour y accéder, il faut gravir 262 marches taillées dans la pierre, chemin que j’ai fait un matin de juillet, la gorge sèche, les jambes lourdes, et les yeux écarquillés à chaque tournant.
Voici ce que l’on découvre progressivement en montant vers la chapelle :
- Les toits du village qui s’assemblent comme un puzzle de tuiles romaines
- Le lac de Sainte-Croix qui apparaît, turquoise, à l’horizon
- Les crêtes des Préalpes qui ferment le paysage au nord
- L’étoile dorée suspendue entre les deux falaises, reliée par une chaîne de 227 mètres
Cette étoile, justement, mérite qu’on s’y arrête. La légende veut qu’un chevalier, Blacas d’Aups, l’ait fait installer au retour des croisades, en remerciement pour sa libération. Vrai ou non, elle illumine le ciel de Moustiers depuis le Moyen-Âge, et son éclat vu depuis le bas du village reste l’un des spectacles les plus insolites de Provence.
Le panorama qui change tout
Du parvis de la chapelle, le point de vue sur la plaine provençale est saisissant. J’ai sorti mon carnet de voyage, et je n’ai pas su quoi écrire pendant cinq minutes. Le lac de Sainte-Croix, alimenté par le Verdon, s’étale en contrebas dans des tons qui oscillent entre le vert d’eau et le bleu cobalt selon l’heure. Ce n’est pas un panorama sage, c’est une succession de plans qui se superposent sans se répéter.
| Point d’observation | Ce que l’on voit | Durée d’accès depuis le village |
|---|---|---|
| Parvis de la chapelle | Village, lac de Sainte-Croix, plaine | 25 à 35 min à pied |
| Place de l’Église | Falaises et étoile suspendue | Immédiat |
| Route de Riez (D952) | Vue d’ensemble du village en contrejour | 5 min en voiture |
Ce qui rend ce village si particulier, c’est précisément cette stratification de découvertes. On ne consomme pas Moustiers-Sainte-Marie en une heure. On l’habite le temps d’une journée, ou mieux, d’une nuit, pour voir la lumière changer sur les falaises au lever du soleil et comprendre pourquoi certains voyageurs font demi-tour en chemin… puis reviennent chaque été.
Crédit photo à la une : dronepicr / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Je m’appelle Anne-Sophie et je suis la madame voyage en France de carré d’info !
Exploratrice bohème passionnée de découvertes. Maîtrise l’art de dénicher les trésors cachés des villes et des villages de France .
Je sait capturer l’essence des lieux en photographies et j’adore vous emmener avec moi pour profiter de notre magnifique pays 🙂




