Le botaniste Alexis Millardet n’imaginait probablement pas, dans les années 1880, métamorphoser la protection du vignoble français en observant que des vignes aspergées d’un mélange de chaux et de sulfate de cuivre résistaient mieux au mildiou. Cette découverte dans le Bordelais a donné naissance à la bouillie bordelaise, un fongicide de contact indispensable pour tout jardinier qui prend soin de ses arbres fruitiers.
Sa composition repose sur du sulfate de cuivre neutralisé par de la chaux éteinte, avec généralement 20 % de cuivre métal comme élément actif. Son triple mode d’action — antifongique, bactériostatique et algicide — en fait un allié polyvalent. Mais attention : l’efficacité dépend directement du dosage adapté à chaque espèce. Trop peu, et la protection s’avère insuffisante. Trop, et la phytotoxicité guette. Voici tout ce qu’il faut savoir.
Les dosages spécifiques de bouillie bordelaise selon chaque arbre fruitier
Chaque espèce a ses propres exigences. J’ai appris cela à mes dépens en appliquant le même dosage sur mon pêcher et mon cerisier — résultat : des feuilles brûlées sur le premier. Voici les doses à respecter impérativement.
| Arbre fruitier | Maladie ciblée | Dosage (g/L) | Dosage pour 5 L |
|---|---|---|---|
| Cerisier / Prunier | Traitement général | 12,5 g/L | 62,5 g |
| Pêcher | Cloque | 25 g/L | 125 g |
| Pêcher | Bactériose | 6,25 g/L | 31,25 g |
| Pêcher | Polystigma / Coryneum | 12,5 g/L | 62,5 g |
| Pommier / Poirier | Tavelure, traitement général | 15 à 20 g/L | 75 à 100 g |
| Abricotier | Traitement hivernal bois nu | 20 à 30 g/L | 100 à 150 g |
| Olivier | Œil de paon, gommose | 12,5 g/L | 62,5 g |
Le dosage général standard tourne autour de 10 à 20 grammes par litre d’eau pour la majorité des arbres fruitiers en application préventive courante. Pour les jeunes plants surtout sensibles, mieux vaut descendre à 5 à 10 g/L. Le traitement curatif en début d’attaque monte à 20 g/L. Quant au dosage hivernal sur bois nu, il peut ponctuellement atteindre 30 g/L, sans en faire une habitude systématique.
Calendrier et périodes idéales pour traiter les arbres fruitiers
Le timing, c’est tout. Un traitement mal placé ne sert à rien — voire aggrave les choses si la floraison est en cours.
Traitement d’automne et traitement de fin d’hiver
Le traitement d’automne intervient après la chute complète du feuillage pour assainir le bois avant l’hiver, avec un dosage de 20 g/L sur bois nu. Le traitement de fin d’hiver se réalise au stade bourgeon dans le coton, juste avant le débourrement, avec 15 à 20 g/L. Ces deux fenêtres sont les plus efficaces pour anticiper la tavelure, la moniliose ou la cloque.
Pour l’olivier, les périodes à risque se situent en mars-avril et septembre. Comptez 2 à 3 traitements annuels pour les variétés résistantes, et jusqu’à 4 à 5 passages pour les cultivars sensibles. En règle générale, ne dépassez pas 4 traitements annuels pour un arbre fruitier.
Intervalles et renouvellement après pluie
Respectez un intervalle minimum de 10 à 15 jours entre deux pulvérisations. La protection dure environ 15 jours sans pluie — mais 30 à 40 % du cuivre appliqué peut être lessivé après une pluie de 20 mm. Renouveler le traitement devient alors indispensable. Évitez absolument d’intervenir pendant la floraison pour préserver les pollinisateurs.
Comment préparer et appliquer correctement la bouillie bordelaise
Étapes de préparation maison
- Dissoudre 100 g de sulfate de cuivre dans 2 litres d’eau tiède.
- Délayer séparément 150 g de chaux éteinte dans 3 litres d’eau dans un récipient non métallique.
- Verser lentement la solution de cuivre dans la solution de chaux en remuant constamment.
- Mélanger jusqu’à obtenir une bouillie uniforme bleu clair — vous obtenez 5 litres de préparation.
- Utiliser dans les 24 heures maximum après préparation.
Un récipient métallique est strictement proscrit : il réagit avec le cuivre et altère la solution. Cette règle, je l’ai vue ignorer une fois lors d’un atelier de jardinage — la préparation avait viré au vert sombre et était inutilisable.
Conditions d’application optimales
Pulvérisez par une température comprise entre 10 et 25°C, jamais au-delà de 28°C. Choisissez un jour sans vent, avec un feuillage sec, sans pluie prévue dans les 24 à 48 heures. Tôt le matin ou en fin d’après-midi reste idéal. Maintenez une distance de 30 à 50 cm de la plante et couvrez le dessus et le dessous des feuilles, les tiges et les branches. Un film uniforme sans ruissellement confirme un bon dosage — des gouttes bleues en bout de limbe signalent un surdosage.
Maladies des arbres fruitiers ciblées par la bouillie bordelaise
La bouillie bordelaise cible un spectre large de pathogènes. Sur le pommier et le poirier, elle combat la tavelure et la moniliose. Sur le pêcher, elle s’attaque à la cloque, au Polystigma, au Coryneum et à la bactériose. L’olivier bénéficie d’une protection contre l’œil de paon et la gommose. Le chancre bactérien touche plusieurs espèces, dont le cerisier et le prunier.
Ce fongicide agit uniquement en surface sans pénétrer dans les tissus végétaux — c’est un fongicide de contact non systémique. Il perturbe le métabolisme cellulaire des champignons pathogènes en bloquant des enzymes essentielles, limite la multiplication bactérienne et élimine mousses et lichens. Cette action de surface exige une couverture complète de chaque organe lors de la pulvérisation.
Certaines espèces méritent une attention particulière. Les jeunes semis, certaines variétés d’abricotiers et de pommiers présentent une sensibilité marquée au cuivre. Testez toujours sur quelques feuilles et attendez 48 heures avant une application généralisée.
Précautions d’usage, équipement de protection et réglementation
La bouillie bordelaise n’est pas anodine pour l’applicateur. Contact cutané prolongé et inhalation de poudre sont responsables de dermites, d’eczémas et d’irritations respiratoires documentées chez les viticulteurs — on parle même du syndrome du poumon des pulvérisateurs de vignes, une pneumopathie interstitielle caractérisée par une altération des tissus pulmonaires. Ces effets concernent jusqu’à 80 % des symptômes chez les applicateurs exposés régulièrement.
- Gants imperméables obligatoires à chaque application.
- Lunettes de protection pour éviter toute projection oculaire sévère.
- Masque indispensable en hauteur ou par temps venteux.
- Vêtements couvrants à laver immédiatement après usage.
Côté réglementation, la limite maximale annuelle s’établit à 4 kg de cuivre métal par hectare et par an en agriculture biologique, et à seulement 4 g de bouillie bordelaise par an pour 10 m² de potager. L’Anses a refusé en 2025 de renouveler l’autorisation de 32 produits cupriques, dont plusieurs formulations de bouillie bordelaise — seuls 17 produits restent autorisés pour la vigne. L’Union européenne a classé le cuivre comme substance candidate à la substitution, ouvrant la voie à une possible interdiction totale à long terme. L’obligation de mentionner le cuivre dans la déclaration PAC s’applique déjà.
Alternatives et pratiques complémentaires pour renforcer la protection des arbres fruitiers
Réduire le recours au cuivre devient une priorité, et des solutions existent. Le soufre reste excellent contre l’oïdium et se marie bien avec la bouillie bordelaise : associez 10 à 15 g/L de bouillie bordelaise à la dose recommandée de soufre selon le fabricant pour bénéficier d’une double protection anti-mildiou et anti-oïdium, particulièrement utile sur arbres fruitiers.
- Bicarbonate de soude à 5 g par litre avec 3 ml de savon noir : efficacité préventive modérée contre le mildiou.
- Décoctions de prêle riches en silice : renforcent les tissus végétaux en action préventive seulement.
- Purins fermentés d’ortie et de consoude : stimulent les défenses naturelles des plantes.
- Biostimulants (extraits d’algues, acides aminés, huiles essentielles de thym et de sarriette) — activent les mécanismes de résistance.
Les façons culturales constituent la base de toute stratégie préventive solide. Choisir des variétés résistantes, pratiquer une taille aérée favorisant la circulation d’air, arroser au pied sans aspersion, supprimer systématiquement les feuilles malades et les fruits momifiés porteurs de spores, pailler pour empêcher les spores du sol d’éclabousser le feuillage bas — autant de réflexes qui réduisent significativement la pression pathogène. La rotation des cultures sur 3 à 4 ans complète l’arsenal.
Si vous appréciez plonger dans des récits bien documentés pour trouver l’inspiration entre deux traitements au jardin, découvrez dans quel ordre lire Camilla Läckberg pour organiser vos lectures de la série policière suédoise. L’accumulation de cuivre dans les sols viticoles traités depuis des décennies montre que même les bonnes pratiques méritent d’être réévaluées régulièrement — un principe valable bien au-delà du jardin.

Heyyy ! Moi c’est Cécile, j’ai 20 ans et je suis une vraie passionnée de voyages et de découvertes ! Blonde avec un grand sourire, je croque la vie à pleines dents . Toujours partante pour une nouvelle aventure ou juste un chocolat chaud entre amis . J’adore tout ce qui touche à la mode, la musique et les nouvelles cultures . À bientôt peut-être !


